A la mémoire de Soeur Marie-Catherine Duffaut

« L’Afrique prend le cœur et ne le rend jamais »...

Voilà un dicton que  nous avons entendu souvent sur les lèvres de Sr M Catherine de Sienne. Elle a en effet passé  plus de 22 ans  au Togo où elle implanta la première communauté de soeurs marianistes, en 1963. Revenue en France en 1985, elle vibrait toujours à l’évocation de ce qu’elle avait vécu là-bas ; elle gardait des liens très forts  avec des anciennes élèves et son souvenir est toujours vivant au cœur de celles qui ont vécu avec elle l’aventure de la fondation. Sr Gisèle, une des premières sœurs togolaises, a  écrit : « Pour nous, elle est l’Ancêtre, celle qui a fondé et qu’on vénère. »

Sr M Catherine est née à Castres en 1920 dans une famille de militaires. En 1939, on la retrouve à Toulouse où elle obtient son baccalauréat. C’est semble-t-il à Auch qu’elle rencontre les sœurs marianistes. Elle entre au postulat  à Agen  en 1944 puis elle fait son noviciat à Sucy où elle prononce ses premiers vœux le 30  septembre 1947. Elle est enseignante au collège du Petit Val jusqu’en 1951 , date à laquelle elle est nommée, à sa grande surprise, maîtresse des novices. Elle remplit cette mission pendant 11 ans. Celles qui l’ont eu comme formatrice gardent le souvenir d’une femme  passionnée pour la mission lointaine, et  qui communiquait aux novices un grand amour pour Marie. Peut-être avait-elle  hérité de son père militaire  une certaine  rigueur dans sa manière d’être, le souci de faire respecter la règle, un emploi du temps régulier. Et en même temps elle savait rire et  diffuser la bonne humeur.

Les années 1950 se caractérisent par un grand développement missionnaire pour la congrégation : en 1949 des communautés sont fondées en Italie et aux USA et d’autres au Japon. En 1963, c’est vers l’Afrique que se tourne la congrégation.  Sr M Catherine,  est appelée à partir pour le Togo, avec trois compagnes : une française, une italienne et une espagnole. Répondant à l’appel des religieux marianistes de Suisse qui les ont devancés à Kara, au nord du pays, elles vont se consacrer dans un même mouvement à l’éducation humaine et chrétienne des jeunes filles.  Aujourd’hui le collège Adèle est florissant, des jeunes filles togolaises, ivoiriennes sont devenues marianistes et poursuivent l’œuvre commencée. En 1974, Sr M Catherine est grièvement blessée dans un accident de voiture. Transportée à Lomé puis rapatriée, elle se rétablit  et peut repartir à Kara au bout de quelques mois.

Revenue en France en 1985, sr M Catherine poursuivra sa mission de bien des manières et dans plusieurs communautés, faisant preuve d’une grande disponibilité : accompagnatrice de fraternités marianistes à Vico et aux Cèdres, supérieure de communauté, assistante provinciale,  partout elle est animée d’un désir missionnaire qui la pousse à aller vers les autres. Elle  visite les résidents avec ponctualité, elle s’engage dans les campagnes de l’ACAT ou du CCFD. Elle a le souci d’apporter aux laïcs des fraternités une véritable formation spirituelle.En octobre 2007, elle célébrait dans la chapelle des Cèdres ses 60 ans de profession. Déjà, sans bruit, la maladie avait commencé son travail destructeur.  Peu à peu Sr Catherine est entrée dans le silence, a cessé de lire, de s’intéresser aux nouvelles du monde. Puis ce sont ses jambes qui ont cessé de la porter.

Je vous partage le message de sr M Gisèle, responsable de l’Unité d’Afrique et elle-même ancienne élève de Sr Catherine : « Merci à Sr Catherine : les orgueils de Chine qu’elle aimait beaucoup ainsi que les baobabs des chacals sont en ce moment en fleurs, nous les contemplerons en son nom. La nature nous rappelle quelquefois que nous sommes de passage ! Le majestueux flamboyant que sr Catherine contemplait en disant « c’est splendide » a séché cette année. Quelle coïncidence ! Etait-ce pour nous annoncer le départ de notre chère sœur ? Que l’univers chante et crie de joie accompagnant notre sœur à la maison du Celui qu’elle a aimé toute sa vie !Qu’elle repose en paix par la miséricorde de Dieu et avec Marie et la multitude des marianistes célestes ».

 

Témoignage de Sr Dominique

Dans la personne de Marie, qu’est-ce qui me fait vivre ?

Quand je pense à Marie, elle est d’abord pour moi la femme qui écoute la Parole de Dieu, qui obéit à ce qu’elle a entendu et compris. Sa vie intérieure est forte et riche : elle « médite en son cœur » la Parole de Dieu bien sûr, mais aussi les événements, tout ce qui lui arrive. J’aime dire que Marie est  une « ruminante », non à notre manière négative, mais de façon positive, pour « digérer » et intérioriser ce qu’elle vit, pour se tourner constamment vers Dieu.

De cette attitude intérieure naît la louange et l’action de grâce. Marie est la femme du Magnificat. Elle est tout entière tournée vers Dieu dont elle chante les merveilles. Elle ne s’arrête jamais à elle-même, elle ne se met pas en valeur, elle se tient dans le silence. Elle fait confiance à son Fils sans prévoir ce qu’il va faire, elle lui présente les difficultés des hommes. Cette attitude lui permet également de traverser l’épreuve dans la patience, en restant debout malgré la souffrance.

Marie, ma sœur aînée dans la foi par excellence, me tient par la main et m’apprend à vivre ma vie chrétienne en m’inspirant de ce qu’elle est. Elle m’apprend à écouter la Parole, à reprendre en mon cœur tout ce qui m’arrive pour y reconnaître l’action de Dieu. Elle m’invite à me décentrer de moi-même, à faire confiance au Père, à croire qu’il peut faire en ma vie et pour les autres de grandes choses si je l’accueille. Elle m’aide à traverser les moments difficiles dans la patience, à continuer d’espérer que Dieu agit pour me faire grandir quoi qu’il arrive.

Marie chante les louanges de Dieu. Son Magnificat retentit en moi comme le guide de la vraie prière, comme un chemin de conversion permanente. Aimant chanter comme elle, je retiens deux expériences fortes :

- J’ai eu la joie de travailler deux airs du Magnificat du célèbre « théologien » Jean-Sébastien Bach : « et exultavit spiritus meus, in Deo salutari meo » et « quia respexit humilitatem ancillae suae ; ecce enim ex hox beatam me dicent ».

Ces deux petites phrases traduisent des attitudes spirituelles fondamentales : la première évoque l’exultation jaillie du cœur de celle qui a dit oui à Dieu, la deuxième exprime dans un mouvement descendant l’humilité de celle qui se sait qu’elle tirée de la terre, puis dans un mouvement ascendant sa certitude que tous les âges la diront bienheureuse à cause du don Dieu pour elle. Pour moi, le patient travail de ces mélodies difficiles pour la débutante que je suis, m’a aidée à entrer un peu plus, avec mon corps tout entier, dans ces deux attitudes fondamentales de Marie.

- Marie est aussi celle avec qui je conclus ma journée : seule dans le silence de la nuit, je peux contempler l’icône de Marie, Vierge de tendresse, et lui chanter de tout mon cœur : Salve Regina… Marie, montre moi Jésus, le fruit béni de ton sein, aide-moi à finir cette journée dans la confiance, assurée de la présence indéfectible du Seigneur en moi.
 
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